Archive

Archive pour mai 2009

Et si on aidait les entrepreuneurs africains en lieu et place de l’aide publique au dévellopement?


Ce texte est une traduction que j’ai faite d’un article du quotidien anglais The Guardian que j’ai trouvé intéréssant. L’original est disponible (en anglais) ici.
———————————————————–
Après des années où des milliards ont été dépensés pour des projets d’aide en Afrique, les bailleurs de fonds sont actuellement en train de reprendre nouvelle tendance sur la façon de placer de l’argent sur le continent : les entrepreneurs. Le mois prochain, une réunion du Forum économique mondial sur l’Afrique est prévue au Cap, avec pour objectif de renforcer l’idée selon laquelle le “trade not aid” (« business et non aide ») représente le salut pour un continent dont la moyenne de croissance de 5% au cours des cinq dernières années devrait tomber à 1,5% cette année en pleine récession économique mondiale.

Maintenant, l’esprit d’entreprise est présenté comme une panacée. Au début de ce mois, la « Commission pour l’Afrique », une initiative du gouvernement danois, a lancé une “garantie” d’une valeur de 3 milliards de dollards de prêts aux petites entreprises. Jusqu’à présent, ces entreprises (généralement des vendeurs ambulants qui souhaitent posséder un magasin, mais avec des besoins dépassant le champ d’application du microcrédit) ont été ignorés par les banques locales. Donald KABERUKA, un membre de la commission et président de la Banque Africaine de Développement, a déclaré que ce projet a été “le plus innovant lancé en Afrique depuis des décennies, ce qui créera des millions d’emplois productifs et décents”.

Le livre best-seller de l’économiste zambienne Dambisa Moyo intitulé « Dead Aid » (que je suis en train de lire en ce moment) fait valoir que l’aide occidentale a donné naissance à une culture de dépendance dans les pays en voie de développement. Ce livre a suscité la fureur des organisations humanitaires, irritées par l’attention accordée à l’ancienne stratège de Goldman Sachs que le Time Magazine de ce mois a présenté comme l’une des 100 personnes les plus influentes dans le monde.

Mais la question est: Par quoi devraient être remplacé les aides? Les experts, hommes d’affaires d’affaires et groupes de la société civile mettent en garde que si les nouveaux « entrepreneurs sociaux », comme ils sont appelés, doivent être aidés non seulement à obtenir leur vélo, mais aussi rester en selle.

La crise financière mondiale a accru les tendances protectionnistes entre les pays riches, la détérioration de l’accès de l’Afrique aux marchés. La crise a freiné les efforts, tels que le « Business Call to Action » de Gordon Brown, qui a demandé l’an dernier d’aider les entreprises à réaliser les Objectifs de développement du Millénaire de l’ONU d’ici à 2015.

On estime que 60% de la population africaine a moins de 25 ans aujourd’hui. Seul un enfant sur quatre va dans l’enseignement secondaire et, dans cette proportion, seulement 5% intègrent les cursus de formation professionnelle. Les cours pratiques de business sont le plus souvent absents de programmes d’enseignement et l’apprentissage masque souvent l’exploitation des enfants.

Les hommes d’affaires africains ont bien accueilli le projet de « Commission pour l’Afrique ». Mais le soudanais Mo Ibrahim entrepreneur – qui a fait fortune en Afrique grâce à la société de téléphonie mobile Celtel – a dit que soutenir les petites entreprises ne représente qu’une partie de la solution. Ibrahim, 63ans, a déclaré: “L’Afrique n’a pas d’industrie du capital-risque – le genre qui a soutenu Google et Microsoft. Ainsi, le mécanisme de garantie est utile, mais ce dont nous avons réellement besoin, ce sont les fonds locaux impliqués. Nous avons besoin d’investisseurs locaux dont la motivation est le profit. La Commission pour l’Afrique ne doit pas devenir une autre industrie de la main tendue. “

Il a également salué l’idée de relever le plafond de verre du micro-crédit, mais en disant que les gouvernements africains ne doivent pas être laissés sur le coté. “La Banque mondiale devrait refuser de financer tout projet qui n’est pas régional. Les gouvernements africains doivent être pressés de régionaliser leurs économies et cesser d’être 53 pays, chacun avec leur drapeau, se regardant jalousement les uns les autres.”

Cheick Diarra, 57ans et président de Microsoft Afrique, a averti du fait que l’engouement des entrepreneurs à créer de la richesse ne se fait que si les obstacles bureaucratiques sont éliminés. «Les politiciens font très peu pour dynamiser leurs économies ou leur population. Les gouvernements devraient se pencher sur le développement des infrastructures, telles que l’électrification.”

Diarra, originaire du Mali, qui a fait son nom en tant que navigateur interplanétaire à la Nasa, estime également que la «mauvaise aide» est responsable de nombre de maux du continent. «En 2002, j’ai conçu l’Université virtuelle de Nairobi pour la fourniture d’enseignement à distance par Internet. Mais les relations avec la plupart des donateurs ont été une frustration, car ils ont posé des conditions rigides et, étaient rarement disposés à s’adapter à l’évolution rapide des conditions sur le terrain ».

Le développement des affaires en Afrique ne représente pas une menace pour les pays riches. Le continent compte 20% de la population mondiale, mais seulement 2% de son commerce. Néanmoins, avant même la décolonisation dans les années 1960, les pays riches se sont comportés comme s’ils souhaitent maintenir l’Afrique pauvre. La seule exception à la règle est de Coca-Cola, qui depuis 1928 a promu l’entreprenariat sur le continent.

Les critiques de la Commission pour l’Afrique disent que cette dernière met l’accent sur les entrepreneurs que cela aidera probablement les entreprises urbaines, mais 65% de la population africaine est encore rurale. La ministre Danoise de développement Ulla Tornaes dit que les agriculteurs ont besoin d’être pragmatique et il a ajouté: “Nous ne pouvons pas imposer des règles aux pays africains sur l’agriculture.”

Dans la société civile africaine (où les groupes de pression et des organisations de protection sociale financés par l’occident ont fortement subi des réductions budgétaires en raison de la crise) il est à craindre que l’accent mis sur l’esprit d’entreprise soit une privatisation rampante de l’aide. Vuyiseka Dabula, porte-parole de la Commission sud-africaine « Treatment Action Campaign », a déclaré: “Le VIH n’est pas en récession, et nous ne sommes pas une entreprise. Environ 80% de nos fonds proviennent de donateurs internationaux et la plupart d’entre eux ont eu au moins 25% des coupes budgétaires.”

Duncan Green à la tête de la recherche chez Oxfam, a déclaré que l’idée de promouvoir l’esprit d’entreprise servait de reconditionnement aux vieilles idées. «Soudain, les gens disent que l’entreprenariat social va permettre à des millions de personnes d’accéder à l’énergie solaire et ce genre de choses. C’est intéressant, mais ça ne doit pas être considérée comme la nouvelle formule magique.”

Intel condamné par Bruxelles. Quelles leçons?


La semaine dernière, la Commission Européenne condamnait Intel le fabriquant américain de microprocesseurs à une amende record de 1.06 milliards d’euros pour pratiques anti-concurrentielles.
Loin d’être l’expression d’un anti-américanisme primaire, la lourde amende imposée par Bruxelles serait justifiée par des abus caractérisés de position dominante. Pour maintenir sa rente de situation et étouffer son principal concurrent, le roi de la « puce » a usé de tous les moyens. Des moyens jugés parfois illégaux.

Même s’ils se lamentent, Intel aujourd’hui comme Microsoft hier ne peuvent cependant crier qu’on les assassine. Certes record, ces amendes représentent moins d’un trimestre de bénéfices et les procès auront mis des années à aboutir. Des années pendant lesquelles même si leurs prix ont reculé, ces entreprises ont continué d’engranger des profits colossaux et de garder leurs concurrents à distance en profitant du fait que la Commission ne peut prendre de mesures conservatoires.

Car dans l’univers technologique, le pouvoir des autorités de concurrence est limité. Certes, amendes ou contraintes imposées peuvent ralentir un groupe, mais elles ne permettent pas de faire émerger de réels concurrents. On peut placer des boulets aux pieds d’Intel, mais pour que ce champion soit doublé encore faut-il que ses rivaux parviennent à courir et à prendre un peu de vitesse. Et plus que des gendarmes contribuant à punir les excès, c’est des cerveaux des chercheurs capables d’innover que sont nées les idées qui ont commencé à fragiliser la position d’Intel ou de Microsoft.

L’Europe, qui voulait soutenir Netscape contre Microsoft, n’aura pas atteint son but. Si la firme de Bill Gates tremble aujourd’hui, c’est plus à cause de Google qui a su déplacer la concurrence sur un nouveau terrain, celui de l’Internet. Et l’histoire pourrait bien se répéter dans le monde des microprocesseurs. Intel a gagné la guerre du PC. Il ne gagnera peut-être pas celle des nouvelles générations de terminaux mobiles comme l’iPhone. Là, ses concurrents s’appellent Qualcomm ou ARM et ce seront peut-être eux qui un jour abuseront de leur monopole.

Les pauvres sont riches


J’ai commencé le livre de C.K. Pralahad, 4 milliards de nouveaux consommateurs. Passionnant !
Une manière totalement inédite d’aborder le problème de la pauvreté. Je viens juste de commencer le 1er chapitre (le marché à la base de la pyramide) de la 1ère partie (la nouvelle création de richesses). L’idée de base est brillantissime de simplicité : en gros, il n’y a pas de petits profits, et donc, les pauvres, en dépit de revenus très faibles, constituent un marché immense, avec un pouvoir d’achat conséquent. Il y a là un immense marché latent, une société de consommateurs dont les grandes multinationales ne se sont jamais préoccupées jusqu’ici, et c’est bien cela le plus grand tort qu’elles lui ont fait, à cette société.
Pralahad, dès ce premier chapitre balaie un certain nombre d’idées reçues. Il appelle ce marché le BOP (Bottom of Pyramid). Les pauvres représentent à ses yeux un marché viable. Leur nombre fait leur pouvoir économique. Même à 200 dollars par mois, un pouvoir d’achat, multiplié par 4 milliards de consommateurs, cela donne un marché de 800 milliards de dollars par mois ! Oui, par mois ! Une opportunité de profits monumentale. Il essaie de démontrer que contrairement aux idées reçues, mettre en place des réseaux de distribution sur ces marchés n’a rien d’insurmontable. Par exemple, nombre de sociétés rurales sont difficilement joignables, mais la connectivité sans fil, qui s’est considérablement développée change radicalement la donne. Il donne l’exemple de deux sociétés l’une indienne, l’autre brésilienne, qui ont formé aux techniques commerciales des femmes des villages, devenues ainsi leurs représentantes de commerce jusqu’au fin fond de la brousse.
Il y a en fait, trois pré-requis à la création de la capacité de consommer :
- un prix abordable. (c’est la base. Notons que les acheteurs pauvres aiment autant le luxe que les acheteurs riches et en consomment dans la même proportion. Ce qu’il faut, c’est le mettre à leur portée en prévoyant des unités de consommation à la mesure de ces acheteurs. Par exemple, vendre de minutes d’abonnement de téléphone portable, des doses d’huile d’olive à l’unité, et cetera…)
- l’accès (eh oui : les acheteurs pauvres ne peuvent guère venir jusqu’aux marchandises. Il faut donc que les marchandises viennent jusqu’à eux.)
- la disponibilité (cette dernière est très importante car les acheteurs pauvres ne peuvent généralement différer leurs actes d’achat. Il faut donc qu’ils aient à portée de manière immédiate ce qu’ils sont en mesure d’acheter un instant T.
J’en suis là, donc je ne peux rien en dire de plus dans l’immédiat, mais ce livre m’enthousiasme. Pralahad observe que les bons sentiments et les aides diverses n’ont en rien résolu le problème de la pauvreté. Les priorités des pauvres ne sont pas forcément les nôtres. Nous pensons, nous Européens, tout de suite à l’éducation, la culture, la santé, et cetera…Comme si ces formules plaquées convenaient en tous lieux et en tous temps. De quoi amorcer une polémique poussée sur la notion de biens supérieurs…C’est en créant des éco-systèmes de la richesse que nous pouvons envisager d’aider les populations en déshérence. Et pour cela, le mieux est de les considérer comme des consommateurs à l’égal de ce que nous sommes dans nos sociétés développées. Ce qu’il faut, désormais, c’est que les entreprises, françaises, européennes, fassent la démarche intellectuelle dans les têtes de leurs dirigeants ; mais je crois que cela commence à germer au sein de certaines d’entre-elles notamment les géants de l’agro-alimentaire.
C’est singulier, quand j’y pense, de considérer à quel point cette analyse conforte l’interprétation autrichienne de ce qu’est un marché et le modèle catallactique en général. Passionnant. Je rigole aussi derrière mon écran en pensant à la tête des gauchistes et des gens bien intentionnés (cathos de gauche, par exemple, sans parler des tiers-mondiste, des décroissants et des alter) qui vont lire ces lignes. Une solution libérale et capitaliste pour le tiers-monde, horrescunt referrentes, hé hé hé…

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.