L’endettement : véritable tour de passe-passe à l’échelle mondiale

4 novembre 2009 1 commentaire

“Plan de relance : déjà 25 milliards injectés dans l’économie”. Si vous l’esprit aussi mal placé que moi, vous passer immédiatement à la lecture entre les lignes devant ce titre de La Tribune. 25 milliards ? Mais où sont-ils donc allés les chercher tous ces milliards qui coulent à flots? Réponse : dans l’endettement. Bon d’accord, ce n’était pas difficile à deviner. Tout cet argent, n’est qu’une montage de dettes créés de toutes pièces par les gouvernements (et ce à partir de rien).

Dans la quasi totalité des pays, la croissance repose sur la consommation des ménages. Consommation qui malheureusement se fait toujours à crédit. Il est bien là le problème. Tout le monde consomme à crédit, et tout le monde est endetté envers tout le monde. Peu de personnes parmi ceux qui le font ont réellement les moyens de s’acheter une voiture, une maison…Du simple citoyen qui s’endette pour acheter son canapé à l’Etat pour financer son déficit, tout le monde est endetté, et jusqu’au cou. Les crédits aux particuliers, une fois titrisés (i.e. transformés en titres de créances) assurés, garantis, prêtés et re-prêtés finissent par mettre en péril toutes les grandes banques. Ces prêts accordés à des ménages surendettés sont à la base de la pyramide du système financier. Quand ceux-ci vacillent c’est tout le système qui menace de s’effondrer, nous en avons eu un parfait exemple avec la crise des subprime.

Avec la crise, la dette des Etats a explosé, car ceux ci ont créé des milliards d’argent-dette pour sauver les Banques et l’économie de la catastrophe. Et ces dettes, il faudra bien les rembourser un jour ou l’autre. Qui va rembourser? C’est bien là le problème. Beaucoup s’inquiètent déjà des hausses d’impots futures ou du retour de l’inflation nécessaires pour rembourser toutes ces dettes.

D’un autre coté, le Wall Street Journal du 27 octobre dernier nous dit : “Une dette n’a de valeur que dans la mesure où elle va être remboursée”. Evidemment, ce n’est pas faux. Une reconnaissance de dettes que le débiteur n’a absolument pas l’intention d’honorer ne vaut strictement rien. On se demandais comment particuliers et Etats allaient rembourser leurs dettes. La réponse est simple : ils ne vont pas la rembourser.
Les Etats parce que, de toute manière, personne ne semble exiger qu’ils remboursent leurs dettes et que les investisseurs se ruent toujours sur les obligations d’Etat. Les particuliers parce que la plupart des gouvernements refuseront de voir des millions de leurs électeurs dépouillés de leur toit et jetés à la rue.
Grâce à l’argent ainsi économisé, les consommateurs verront leur pourvoir d’achat augmenter, et pourront acheter et acheter encore, bref,consommer! faisant ainsi repartir la croissance – sur des bases extrêmement saines, comme vous pouvez vous en doutez…magique non?

Un de mes amis m’a envoyé par email ce petit amusant, texte dégotté d’un site anglais appelé The Monkey Cage. Il illustre très bien la façon donc le problème de la dette est réglé. Lisez plutôt:

LA LEÇON D’ÉCONOMIE

Ça se passe dans un très petit village qui vit du tourisme, sauf qu’à cause de la crise économique il n’y a plus de touristes. Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre . Plusieurs mois passent, misérables. Arrive enfin un touriste qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de $100.

Le touriste n’est pas aussitôt monté à sa chambre que l’hôtelier court porter le billet de 100$ chez le boucher, à qui il doit justement cent dollars. Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l’approvisionne en viande. Le paysan, à son tour, se dépêche d’aller payer sa dette à la pute à laquelle il doit quelques passes. La pute boucle la boucle en se rendant à l’hôtel pour rembourser l’hôtelier qu’elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l’heure. Comme elle dépose le billet de 100$ sur le comptoir, le touriste qui venait de dire à l’hôtelier qu’il n’aimait pas sa chambre et n’en voulait plus, ramasse son billet et disparaît.

Rien n’a été dépensé, ni gagné. N’empêche que plus personne dans le village n’a de dettes.

N’est-ce pas ainsi qu’on est en train de résoudre la crise mondiale?

Je trouve que ce texte est tout simplement brillant. Il m’a semblé à la fin que j’avais raté un épisode… Tous ces tour de passe-passe, le même billet qui se promène de main en main et tous les problèmes de dette qui se règlent comme par magie… Bien sûr on ne tient pas en compte dans l’histoire des intérêts à payer sur la dette de chacun, ce qui simplifie grandement l’exercice. Si l’intérêt n’existait pas la vie serait sans doute beaucoup, beaucoup plus simple. Le système capitaliste n’existerait pas non plus d’ailleurs.

On part aussi du principe que chacun s’empresse de payer ses dettes dès qu’il le peut. Je dois dire que personnellement je serais sans doute aller faire l’épicerie avant de penser à payer mes dettes, mais bon. Je ne veux surtout pas dénaturer le fond de l’histoire; après tout, n’est-il pas que l’argent est simplement une chimère, un concept que l’homme a inventé de toutes pièces (sans jeu de mot ;-) ) et qui nous encarcane? Une chose est sûre, si nous vivions dans un monde où le troc serait Roi, nous ne serions certainement pas dans une telle situation de crise.

C’est bientot la fin pour le dollar américain?


Peu de gens ont l’occasion d’assister à la disparition d’une monnaie (ou d’une devise, vous me pardonnerez l’approximation).

Nous risquons probablement de vivre un moment historique : celui de la disparition de la plus grande monnaie du monde.

Scénario catastrophe ?

Peut-être. Les conséquences d’un tél évènement seraient importantes.

Le problème du dollar, c’est que depuis la crise, il perd de sa valeur car il a inondé le marché. La masse monétaire (quantité de billets de pièces) de dollars disponibles a augmenté en flèche. Regardez le niveau du M1 en gris, indicateur reflétant le nombre de pièces et de billets en circulation.


Ce que nous dit cet indicateur, c’est qu’il n’y a jamais eu autant de dollars en circulation : conséquence de la crise et de la peur de manquer d’argent. Les gouvernants veulent relancer la machine en utilisant le crédit (celui-là même qui est à l’origine du problème).

Une inflation pour les gouverner tous

Le problème, c’est que le phénomène souvent observé lorsque la masse monétaire augmente, c’est l’inflation.

L’inflation est simple à expliquer : s’il faillait 1 dollar pour acheter un beignet lundi, il va en falloir, 1,2 ou 1,5 pour l’acheter mardi. Autrement dit, tout coûte plus cher. Si on retourne le problème, je peux également dire que l’argent perd de sa valeur puisqu’il permet d’acheter moins de choses. Un dollar de mardi vaut donc 0,8 ou 0,5 dollar de lundi.

Ce phénomène est assez simple à comprendre mais difficile à prévoir.

Ce qui est rare est cher

Pour expliquer la principale raison qui fait que grosse masse monétaire = inflation, on peut le voir comme le fait de l’offre et de la demande.

Bien qu’approximative, l’analogie permet de comprendre cependant que plus l’argent est disponible, moins il est rare et « précieux ».

L’argent se déprécie.

Si vous aviez un salaire de 1200€, vous continuerez à avoir le même salaire. La différence, c’est qu’au lieu de pouvoir payer votre loyer, vos crédits, la nourriture, vous faire plaisir et éventuellement épargner de l’argent, vous allez devoir faire des choix : moins de sorties, moins d’écarts…

Au bout du compte, il peut arriver que vos 1200€ ne permettent plus de payer le loyer qui lui, suit souvent l’inflation (sauf quand l’état intervient comme en 1948 pour limiter l’ajustement des loyers). Si votre salaire ne permet plus de payer le loyer, il est assez probable que :

- vous n’alliez plus travailler

- vous ne voulez plus de cette devise

La désaffection des utilisateurs de la devise provoque sa disparition. Et encore, je ne m’intéresse qu’aux mouvements dans la vie de tous les jours. A l’échelle planétaire, les états jouent entre eux pour maintenir la valeur de leur monnaie… ou pas.

Ainsi la Chine détient beaucoup de dollars et se positionne naturellement en tant que garant de la monnaie… jusqu’à quand ? Certains états ont déjà remplacé leurs dollars par de l’or ( Iran, Venezuela, Brésil , Argentine). J’en oublie surement.

Tout est perdu ?

Non bien sûr !

C’est là qu’intervient l’état. Ce qu’il se passe dans ces situations, c’est que l’état propose un « new deal » : puisque la monnaie ne vaut plus rien, nous allons en créer une nouvelle. Pour conforter la valeur de la future monnaie, nous allons lui donner une valeur inférieure à la valeur de la monnaie actuelle.

Autrement dit, si un beignet coûte 1,5 dollars, il coutera maintenant 2 unités de la nouvelle monnaie.

En attribuant une valeur aussi faible à la nouvelle monnaie, l’état assure qu’elle soit acceptée par tous comme une solution « par défaut » et comme une fuite en avant permettant d’arrêter l’inflation.

C’est là que les actifs tangibles jouent le rôle de valeur refuge : immobilier, or… Il est donc logique que ces actifs tangibles prennent de plus en plus de valeur.

La crise du credit expliquee en 10 minutes.

24 septembre 2009 1 commentaire

La recession economique raciale aux USA

15 septembre 2009 Laisser un commentaire

Traduction d’un article du New York Times.

Qu’obtenez-vous lorsque vous combinez la pire crise économique depuis la grande Dépression avec le premier président noir? Une poussée de ressentiment racial blanc, vaguement déguisée en révolte populiste. Un article sur le site Web de la chaine Fox  a mis en avant la théorie selon laquelle la réforme de la santé aux USA est une version furtive de réparations pour l’esclavage: les Blancs vont payer la facture et, par un mécanisme non divulgués, les Noirs obtiendront tous les soins. Le président Obama, dans de tels fantasmes, est un dictateur et, dans une image véhiculée parmi les anti-impôts, anti-réforme de la santé, il est dépeint comme un marabout guérisseur africain. Quand votre niveau de vie ne cesse de baisser, comme c’est le cas dans la classe moyenne blanche depuis plusieurs années maintenant, il est trop facile d’imaginer que c’est parce que quelqu’un d’autre est monté sur votre dos.
Malgré le sentiment d’injustice chez les Blanc,  les Noirs sont ceux qui subissent le choc de la récession de manière disproportionnée, avec  des niveaux élevés de saisies de maisons et de taux de chômage élevés. Et ils n’étaient pas si bien lotis au départ. Au début de la récession, 33 pour cent de la classe moyenne noire a déjà été menacés  de chute à un niveau économique inférieur, selon une étude réalisée par l’Institut des actions et la politique sociale à l’Université de Brandeis et reconnue comme une organisation publique non partisane dans sa politique de recherche.

En fait, on pourrait dire que pour les Afro-Américains, la récession est terminée. Il a eu lieu entre 2000 et  2007, lorsque l’emploi des noirs a diminué de 2,4 pour cent et les revenus ont baissé de 2,9 pour cent. Pendant ces sept ans, un tiers des enfants noirs vivaient dans la pauvreté et le chômage (même parmi les diplômés du supérieur) a toujours été à peu près deux fois le niveau de chômage blanc.
Ca c’était la récession noire. Et ce qui se passe aujourd’hui ressemble plus à une dépression. Nauvata et James, deux afro- américains d’âge moyen vivant en couple à Prince Georges County, au Maryland, qui ont demandé que leur nom ne soit pas publié, ne s’etaient jamais remis de la première récession de l’an 2000 lorsque la seconde est arrivée. En 2003 Nauvata été licenciée d’un administratifs payé 25$/heure à Aetna, et en 2007, elle a finalement retrouvée un emploi à 10.5$/heure dans une société de location de voitures. James a eu un emploi stable tant qu’opérateur de matériel de construction, mais les deux ne pouvaient pas gagner assez pour se sauver de procédures de désendettement.
Ils remboursaient leurs équipements de cuisine à 524 $ acheté à crédit auprès du magasin de meubles Levitz quand cette dernière a été placée en liquidation judiciaire, et leur dette a gonflée inexplicablement, comme il a été vendu  seul créancier à l’autre. Le couple a finalement dépensé un total de 3800 $ à la fois pour le remboursement et l’embauche d’un avocat pour établir leur bonne cote de crédit. Mais pour ce faire, ils avaient pour refinancer leur prêt immobilier, eu recours a non pas un, mais une série de prêteurs hypothécaires. Maintenant ils font face à la menace d’expulsion.

Nauvata, qui a 47 ans, a vu depuis sa tension artérielle monter en flèche, et James, 56 ans, a développé des palpitations cardiaques. “Il n’ya plus de classe moyenne”  nous dit-il,  “juste un haut et un bas. “

Beaucoup de classes moyennes et d’ouvriers blancs ont suivi des chemins similaires à la ruine: la mise à pied ou à horaire réduit, les pièges du crédit et en constante augmentation de la dette, la maison perdue. Mais une chose distingue les pauvres Afro-Américains en tant que groupe: A cause du passé da la discrimination a l’embauche et au prêt, ils sont moins susceptibles que les Blancs d’être aides en cas de coup dur par des parents riches ou des comptes d’épargne biens garnis. En 2008, à la veille de la récession, la famille typique afro- américaine avait seulement un dixième de dollar pour chaque dollar de patrimoine possédé par la famille blanche caractéristique. Seulement 18 pour cent de Noirs et de Latino-Américains avaient des comptes de retraite, contre 43,4 pour cent de Blancs.

L’asymétrie raciale a été gravée dans cette récession depuis le début. L’engouement irresponsable de Wall Street pour les prêts hypothécaires à risque a conduit à la crise financière mondiale de 2007, qui a fait fondre la valeur des maisons dans tout le spectre racial. Des gens de toutes races ont été aspirés dans des subprimes et les hypothèques à taux révisable, mais même à haut revenu, les Noirs étaient presque deux fois plus susceptibles de recourir  à un prêt subprime pour l’achat de leur domicile que les Blancs à faible revenu – même quand ils sont qualifiés pour les prêts hypothécaires à risque, même lorsqu’ ils ont offert des acomptes.

Selon un rapport de 2008 par « Unis pour une économie équitable », un groupe de recherche et de plaidoyer, de 1998 à 2006 (avant la crise du subprime), les Noirs ont perdu 71 milliards de dollars à 93 milliards de dollars dans la valeur de leur patrimoine immobilier, a cause des prêts subprime. Les chercheurs ont appelé cette catastrophe, la plus grande perte “de la richesse de l’histoire récente pour les personnes de couleur.” Et le pire était encore à venir…

Ma citation de la semaine.

“la marque d’une intelligence supérieure, c’est sa capacité à faire cohabiter deux idées complètement opposées dans le même esprit, sans altérer son bon fonctionnement.”

F. Scott Fitzgerald, écrivain américain.
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